AUX ORIGINES DE L’UNIVERSITÉ PROTESTANTE D'AFRIQUE CENTRALE (UPAC)
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07 January 2021
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A l’occasion de la 1ère Edition des Journées Portes Ouvertes de l’UPAC du 31 janvier au 04 février 2018,

Le Pr. ZOE OBIANGA a fait une communication riche en informations sur les origines et la mutation de l’école de Foulassi à l’Université Protestante d’Afrique Centrale (UPAC) aujourd’hui en passant par la Faculté de Théologie Protestante de Yaoundé (FTPY).

  AUX ORIGINES DE L’UNIVERSITÉ PROTESTANTE D’AFRIQUE CENTRALE (UPAC)

Du projet de la Faculté de Théologie Protestante jusqu’à la naissance de l’UPAC : Enjeux et défis.

C‘est en 1919, se tient la Conférence Générale des Missions Protestantes d’Afrique Centrale à Elat, près d’Ebolowa, place forte du protestantisme missionnaire. Le site abritait la plus grande paroisse presbytérienne du monde. La fin de cette grande guerre, qui a endeuillé beaucoup de population récemment touchées par l’évangile, offre une occasion propice aux chrétiens d’outre-mer, surtout américains de contribuer au relèvement des victimes. Mais l’intention vise également du côté des français à illustrer aux yeux des africains le contraste qui oppose leur humanisme chrétien à la barbarie raciste des allemands de l’époque de Hitler.

Le capitaine Pasteur Elie Allégrer venu du Gabon avec les troupes françaises aura reçu le blanc Seing du ministère français des Colonies, pour superviser les initiatives des missions protestantes au Cameroun. C’est lui d’ailleurs que la mission de Paris avait choisi auparavant pour régler à l’amiable, au Gabon, le transfert des biens de la mission Presbytérienne à la mission de Paris.

La Conférence décide donc de la création, pour toutes les missions protestantes d’Afrique Centrale, d’une université. Les vrais concepteurs en étaient les techniciens américains. La grande majorité était des laïcs dont certains avaient déjà impressionné les allemands par la qualité de leurs prestations comme médecin, technicien polyvalent formateur des cadres africains. Toutefois, le nombre d’élèves aptes à commencer tout de suite l’enseignement supérieur s’étant avéré insignifiant, on s’accordera un délai pour multiplier les établissements secondaires d’où sortiront les futurs étudiants. Ceci n’empêcha pas qu’un certain nombre de jeunes, sélectionnés par des missionnaires négrophiles, failli être envoyé en formation aux USA dès 1920-1921. Des contretemps et de force majeure les en privèrent. Dans le champ missionnaire des américains, au Cameroun et en Guinnée Equatoriale seront créées en plus de l’école professionnelle Frank James fondée en 1904 (Et qui demeurera la plus célèbre de toute l’Afrique Centrale jusqu’en 1957), La fameuse École Normale de Foulassi qui accueillera par moment des gabonais et des équatoguinéens. Il y aura l’École de Théologie de Bibia où s’enseignaient d’abord le Bulu et l’anglais.

En 1942, la 2nde Conférence sur le sujet se tint encore à Elat. Le démarrage de l’Université fut enfin décidé. La prédominance de la volonté d’aller de l’avant était d’autant plus évidente que les protestants américains avaient arrêté un projet de création d’au moins trois universités qui devaient fonctionner au plus tard à la fin de la guerre : une en Afrique Centrale, une en Amérique du Sud, une aux Philippines et ou en Corée.

L’établissement situé au Cameroun s’appelait Christian College of Cameroon, en français Institut des missions Evangéliques. Son modèle était situé au Ghana ACHIMOTA. Le démarrage en 1944 ne prévoyait pas la fermeture ou la délocalisation immédiate de l’École Normale de Foulassi ou de Franck James. Toutefois, une nuance s’insinuera progressivement dans l’appellation française : l’Institut Polyvalent et polytechnique des missions Evangéliques. Le profil du grand projet se précisait.

Le site réservé à Libamba couvrait presque 1000 hectares. Il comportait une importante chute devant être exploitée par un barrage hydraulique dont le courant allait couvrir les besoins de l’université.

C’est en 1948 que l’Institut après une itinérance de 4 ans s’installe définitivement sur son site. Il fallait attendre que le titre foncier sorte au bénéfice de la société des missions évangéliques de Paris. A l’exception de Foulassi à ses débuts et de l’Ecole de Théologie, tous les établissements, censés se fondre dans la structure universitaire, étaient dirigés par des laïcs très compétents et adonnés à l’évangélisation et au développement multisectoriel de nos pays. Si le mythe de l’excellence protestante a pu survivre dans nos sociétés jusqu’à très récemment, c’est grâce au modèle de citoyens sorti de ces institutions de référence qui fonctionnaient à la fois sous la houlette et à l’ombre des personnalités, s’efforçant de vivre leur idéal de chrétien engagé dans une vocation et de citoyen responsable.

Les résultats aux examens officiels dans toutes ces composantes qui devaient, mises ensembles, constituer l’Université Protestante faisaient pâlir les responsables des institutions sœurs de l’état.

L’obsession d’une concurrence difficilement évitable commença à obséder certains officiels. Et la qualité de jeunes citoyens conscients de leurs droits et de leurs devoirs qui sortaient dans nos établissements ne cessa d’inquiéter les autorités coloniales.

 

LE BLOCAGE D’UN RÊVE : LES VICTIMES LAÏCS

James Calvin

En 1949 et 1952, se produisirent une série d’évènements déstabilisants contre le projet :

  • L’assassinat par les services français de l’épouse du Directeur de Franck James. Ce dernier faillit lui-même connaître le même sort.
  • La réalisation d’un petit barrage hydraulique d’Elat (Ebolowa) en 1947 par le vice-Directeur de Franck James irrita les autorités coloniales.
  • Le refus de M. James Calvin de coopérer avec les autorités coloniales dans le procès entamé sur l’assassinat de Mme Cozzens déclancha contre lui l’ire de l’administration coloniale qui sans ménagement l’expulsera du Cameroun en 1951. Aucune voix de protestation ne s’élèvera du côté des pasteurs membres du Conseil d’Administration de l’École. Tout au contraire, de jeunes pasteurs camerounais influencés par la SMP appuieront l’administration.
  • L’émergence d’une nouvelle génération de missionnaires parmi les pasteurs s’accompagne d’une baisse d’intérêt pour le grand projet. Au sein même de la MPA et malgré le remplacement du Laïc James Calvin par le très fondamentaliste Rév. Robert Peirce à la tête de l’Institut des missions évangéliques, beaucoup de dénigrement émanant de pasteurs missionnaires et de leurs collègues camerounais venaient battre en brèche l’image de la prestigieuse institution, taxée de mondaine. En réalité, le complexe d’infériorité intellectuelle et la tendance prononcée au repli confessionnaliste nourrissaient cette désaffection.

 

RUPTURE

C’est donc juste après l’accession de beaucoup de communautés missionnaires à l’indépendance en 1957, que l’établissement, sous l’instigation d’un CA dominé par de jeunes responsables d’Eglises africains prend le nom de Collège Évangélique de Libamba. Adieu au sacré rêve d’une université. Nous sommes en 1958, tout se précipite :

  • Chaque église se dote ou envisage de se doter d’un collège sans ambition démesurée.
  • En 1959, les jeunes ou de nouveaux chefs d’église africains, après avoir claironné la création de séminaires unis, annoncent peu après, celle de la Faculté de Théologie Francophone à Yaoundé.
  • L’École Normale de Foulassi devient un collège d’enseignement court, cours complémentaire.
  • L’École Franck James s’effiloche et se dégrade en un CETIC.
  • Libamba= Collège d’enseignement général.

En définitive,

  1. La vision du départ s’est anémiée. Les leaders de la mission, pour la plupart des pasteurs, n’étaient pas à la hauteur surtout lorsque la pression politique du moment les avait acculée à prendre position face à des choix susceptibles de les opposer aux options coloniales.
  2. La collaboration ne s’était pas avérée étroite entre pasteurs dirigeants et laïcs techniciens. Pourtant l’on ne pouvait mettre en doute la complémentarité de leur service au sein de la mission dans le développement de l’Afrique. Le caractère officiellement laïc du régime colonial rendait difficile l’œuvre missionnaire du style anglosaxon et autres où la séparation Eglise Etat n’influait pas tellement sur les institutions d’intérêt public
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